Partager l'article ! Skid Row (partie 12): La fatigue réclame ses pleins droits sur mon organisme ; mes yeux se ferment sans me demander la permission. Vivement mon ...
La fatigue réclame ses pleins droits sur mon organisme ; mes yeux se ferment sans me demander la permission. Vivement mon lit !
En tricotant à travers rues et ruelles, je regagne l'Astoria. Ça me semble maintenant assez facile de me diriger dans cette ville.
Ma montre indique 20 heures quand j'arrive chez moi. Madame Rita a disparu et un colosse à grosses babines dort à moitié derrière le comptoir. Il m'arrête un instant pour vérifier mon identité.
Étendu sur mon lit, j'essaie d'avancer dans la lecture de Les Gommes d'Alain Robbe-grillet que j'avais à peine commencé dans le bus, mais le pape du nouveau roman n'arrive pas à me tirer de ma torpeur.
Le temps de tendre le bras pour éteindre ma lampe de chevet, et me voici de retour au pays des songes.
***
- Bonjour, madame Rita. Auriez-vous une carte touristique de Vancouver ou, du moins, dites-moi où m'en procurer une ?
Elle fouille un instant dans un tiroir et me tend une carte pliable et plastifiée.
D'abord, l'Astoria est au 763 East Hastings, presque au coin de la rue Princess. Il est situé au centre du quartier Downtown Esatside que les guides touristiques conseillent généralement d'éviter, sauf si on est à la recherche de sensations fortes. Ce quartier, borné au Nord par le bras de mer Burrard, au Sud par la rue Hastings, s'étend d'Est en Ouest de la rue Clark à la rue Main. À en croire certains, toute la misère et la douleur du monde y est rassemblée.
***
Il me faut déjeuner. Je consulte la liste des restaurants accrédités par le welfare. Bon, ce matin ce sera le 44, situé justement au 44 Cordova street, à quelques pas d'où je suis. Je tourne à droite sur Main et à gauche sur Cordova. En passant devant, je note l'adresse de l'Armée du Salut.
Devant le 44, une centaine de personnes attendent l'ouverture du resto. Soudain les portes s'ouvrent et les affamées se précipitent à l'intérieur dans un furieux désordre. L'appétissante odeur de la nourriture arrive à peine à masquer celle, nauséabonde, de plusieurs clochards.
Mon tour finit par arriver. Étonnement ! Pour un seul petit dollar, les serveur emplissent les plateaux d'oeufs sur le plat, de saucisses ou de bacon, d'un bol de gruau, de toasts, de confitures, de jus d'orange et d'une tasse de café. Pour moi, grâce à la magie des coupons de nourriture remis par le welfare, c'est tout à fait gratuit.
Cet établissement humanitaire reçoit des subventions gouvernementales ainsi que de généreux dons de l'entreprise privée. C'est à ce prix que les capitalistes endiguent la révolte des ventres creux.
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Le cabaret du 44, toujours mouillé,de la bouffe dégueulasse,pas mangeable.
yvon,ancien du 44