Le Caire explose sous le nombreHier, j'ai effleuré le sujet de la circulation au Caire. Ce n'est rien de moins que démentiel, fou braque et gaga. Heureusement que les policiers jouent allègrement du sifflet aux intersections les plus achalandées, sinon traverser la
midan et-tahrir s'avérerait le plus souvent un exercice fatal. Car il s'agit de s'élancer dans une autoroute à cinq voies, à travers les autos qui foncent en zigzaguant, les klaxons fous, les ânes, les vélos et les autres piétons.
Si vous choisissez de loger trop près de cette place, ne comptez pas trouver le sommeil avant trois heures du matin : le concert des voitures vous tiendra les yeux ouverts.
Cette place est devenue le centre-ville du Caire. À gauche, outre le Musée égyptien et le Hilton, la Mogamma - immense building qui abrite des ministères, la Ligue arabe et le Musée d'anthropologie. En face, de multiples avenues s'enfoncent en étoile dans la ville. Au coin de ces avenues, un front d'échopes bourrées du nécessaire des travailleurs. Le long de l'avenue Ramsès, les boutiques et les cafés s'étendent pendant des kilomètres jusqu'à la gare et plus loin probablement.
J'ai rencontré tellement de rues crevées, inondées qu'il faut se demander si l'aqueduc ne remonte pas au Moyen âge. Les travaux publics pourraient trimer pendant des années et des années à réparer les rues et les trottoirs défoncés sans jamais voir la fin de leur labeur arriver. Nous ne souffririons pas un tel délabrement chez nous. Pourquoi donc le supportons-nous si facilement quand il se manifeste ailleurs ?
Sur ce qui reste de bons trottoirs, les marchands étalent des produits. Ici un camelot étend quelques revues et des livres, à côté quatre ou cinq piles de journaux ; là une pauvre femme vend des kleenex et des allumettes.
Plus loin, des adolescents offrent des cigarettes à l'unité, d'autres cirent les souliers. On voit des vendeurs d'eau, de cacahouètes et de stylos. Tous les coins et recoins disponibles sont occupés par des mendiants, la main tendue, les yeux baissés.
Ce matin, j'ai croisé une femme assise le long d'un mur et qui tenait une fillette rachitique dans ses bras. L'enfant était couverte d'iode et la mère pleurait et implorait les passants. J'ai continué comme un lâche et je le regrette maintenant. Si je le recroise plus tard, je l'aiderai.
Sur la rue Talaat al Harb et dans tout le quartier touristique, des policiers et des soldats sont de faction à tous les cinquante mètres. Pas une banque, pas un bureau de change, ni une agence de voyage qui n'échappe à cette surveillance. Dans ce pays très pauvre, le gouvernement a beau jeu d'enrôler, pour des soldes dérisoires, la belle jeunesse désoeuvrée et la planter au coin des rues, mitraillette à la main.
Ils sont là, nonchalants, appuyés sur de longues armes, tout de blanc vêtus, un bérêt vert ou rouge de travers sur le coco. Aucun de ceux à qui je me suis adressé ne semblait parler une autre langue que la leur, l'arabe je présume. Ce sont de grands enfants, des campagnards sans instruction, la garde prétorienne des possédants.
Il faut vivre et nourrir sa famille.
Malgré cette présence, la population demeure souriante et accueillante pour les touristes.
Moi, ça m'attriste. La pauvreté m'attriste et l'injustice m'afflige.
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Il fait très chaud mais l'air est sec.
En face de mon hôtel, un kiosque où je trouve des cigarettes et de l'eau froide embouteillée. Ce commerce est opéré par un jeune homme en djellaba et en babouches qui éclate de rire à tout propos. La bouteille d'eau Baraka de 1,5 l coûte 1,5 E£.
J'ai aussi acheté trois oranges bien juteuses chez le fruitier voisin.